Chères associations caritatives,
Quand je suis allé en Italie il y a 2 ans, j’ai été étonné de voir le nombre crosseurs qui s’y trouvent. Il ne faut évidemment pas généraliser; il y a beaucoup plus de gens honnêtes que de crosseurs mais, n’empêche, en Italie, il faut faire attention à bien des choses si on veut pas se faire avoir…
Par exemple, souvent, dans les petits commerces, aucun prix n’est affiché. L’on m’a raconté que ce qui définissait le prix, c’était la langue que le consommateur parlait. Et même pour le consommateur italien, si ce dernier ne parle pas le même dialecte que le commerçant, il risque de payer plus cher. C’est comme si, à Montréal, le gars de Saguenay devait payer plus cher sa crème glacée molle que le Montréalais. C’est un non-sens.
Il y aussi des gens qui se créent leur propre job en Italie. Par exemple, une fois, nous sommes allés mettre du gaz dans une station service. Le genre de station où il n’y a ni pompiste, ni commis; seulement une machine dans laquelle on glisse la carte de crédit pour ensuite faire le plein. Et bien, lorsque nous sommes arrivés, il y avait un pompiste, habillé en civil. Le gars n’était pas engagé par la station-service; il était seulement là à attendre les clients et remplissait leur réservoir à leur place. Évidemment, le gars s’attendait à un léger supplément en retour de son “aide”; ce que nous avons convenu de faire étant donné que nous étions plus ou moins familier avec les coutumes locales. Qui plus est, il s’agissait d’une voiture de location et nous voulions la ramener intacte. Quelques euros supplémentaires ont donc dû être déboursés pour un quelque chose que nous aurions très bien pu faire nous-mêmes.
Une autre fois, nous nous sommes rendus à Napoli. Quand nous avons stationné la voiture, deux gros gaillards sont venus nous voir pour nous faire comprendre que, non seulement il fallait mettre de l’argent dans le parcomètre, mais il fallait également leur donner un léger supplément pour qu’ils surveillent notre voiture pendant notre absence. Comme les deux gaillards en question étaient pas mal plus gros que nous, nous avons consenti à leur donner quelques euros pour qu’ils “prennent soin” de notre voiture pendant notre absence. Bref, encore une fois, on me forçait à payer pour quelque chose dont je n’avais aucunement besoin.
Personnellement, ça me faisait royalement suer de me faire imposer ça mais je me consolais en me disant que ce n’était pas chez moi et que, comme le dit Steve Proulx, c’est exotique. Mais ça, c’était avant que la même chose m’arrive à Montréal. En effet, hier, je me suis stationné sur St-Denis, près de René-Lévesque, en face de l’Hôpital Saint-Luc. Dès que je suis arrivé devant une place de stationnement libre, il y avait un gars qui me faisait signe; comme pour me dire qu’il m’avait trouvé une place… juste pour moi! Je me suis donc stationné en tentant de l’ignorer. Dès que je suis sorti de la voiture, il s’est approché en me disant:
Ça va être correct de même!
Et moi, me souvenant de mon expérience napolitaine, j’ai regardé le gars et lui ai assez bêtement dit:
Je le sais!
Et là, on dirait qu’il sentait que, en dedans, ça commençait à bouillir drôlement, alors il a pris son air piteux pour ajouter:
As-tu un peu de change?
Là, je me suis calmé les hormones et je lui ai “gentiment” dit que, non, je n’en avais pas (et c’était vrai). Après tout le gars n’était pas un bad boy napolitain qui tentait d’imposer ses propres lois, c’était juste un gars qui essayait de ramasser une couple de piastres pour peut-être s’offrir quelque chose à manger ou pour avoir une place à la Maison du Père. Mais bon, n’empêche que sa manière de faire m’a, dans un premier temps, fait autant suer que celle des bad boys napolitains car il voulait que je débourse, sans me le demander au préalable, pour un service dont je n’avais pas besoin… S’il m’avait plutôt demander si j’avais trente sous, je lui aurais peut-être donné; à condition d’en avoir évidemment.
Tout ça pour vous dire que, cette année, je vous conseille de ne pas m’envoyer, par la poste, de paquet avec des cartes de souhaits, des auto-collants ou des enveloppes et une feuille qui m’invite à faire un don à votre endroit car, pour moi, ça revient un peu au même principe que le gars qui tente de “m’aider” à trouver une place de stationnement. Je n’ai pas besoin de vos cartes, ni de vos auto-collants! Je supporte la plupart de vos causes mais je ne peux pas faire un chèque à chacun d’entre vous. Je n’ai pas les moyens. Vous comprendrez donc que, comme je ne peux pas donner à chacun d’entre vous, j’aime bien choisir à qui je vais donner… Cette année, plutôt que de jouer au bad boy napolitain en m’offrant quelque chose dont je n’ai pas besoin, mettez plutôt quelques bénévoles sur le coin d’une rue et dites leur de me demander si je n’ai pas un peu de change.
Cordialement vôtre,
Matpoi
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