Dans la catégorie des films que je voudrais ne pas avoir vus, il y a les médiocres qui me donnent le sentiment d’avoir perdu deux heures de ma vie, et les excellents que j’aimerais revoir pour la première fois. Entre les deux, il y a tous les autres: les corrects, les pas si mal, les ordinaires, les bons, les passables… Inutile de dire que les excellents que j’aimerais revoir pour la première fois sont beaucoup plus rares que tout le reste. En fait, il est rare qu’il y en ait plus de 3 ou 4 par année alors, quand ça se présente, ça vaut la peine d’en parler. Cette année, de mémoire, il n’y a eu que Shutter Island et Crazy Heart qui se sont taillés une place parmi les Where The Wild Things Are, Inglourious Basterds, Persepolis, Do The Right Thing, Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, Gomorra et autres Lost In Translation qui étaient déjà sur la liste. Mais ça, ce fut jusqu’à ce que je loue Fish Tank, un film d’Andrea Arnold qui s’est mérité le Prix du jury à Cannes en 2009 – à égalité avec l’excellent Thirst, de Chan-wook Park – et qui m’a véritablement habité pendant quelques heures.

Fish Tank, c’est l’histoire d’une ado, Mia, qui habite, près de Londres, dans ce que les Français qualifieraient de bled. Mia vit avec sa mère – qui aime bien lever le coude à toutes heures du jour -, et sa petite soeur – dont la manière de parler laisse croire qu’elle travaille dans une  shoppe depuis des lustres. Mia n’a pas d’ami et elle ne va plus à l’école; elle a été expulsée à cause de son caractère de petite rebelle et de son “franc-parler”. Bref, elle a tout pour finir dans la rue et la seule chose pour laquelle elle démontre un peu d’intérêt, c’est la danse. Un jour, sa mère ramène un homme à la maison et ce dernier l’incite à persévérer et aller au bout de sa passion. Mia l’aime bien… Je vous épargne les détails subséquents mais vous comprendrez que, tout au long, on s’interroge à savoir jusqu’où ira la relation entre Mia et l’amant de sa mère. On souhaite de tout coeur que ce dernier n’ait pas d’idées malsaines derrière la tête et que ses intentions soient sincères puisque Mia et sa soeur ont vraisemblablement besoin d’un père qui sache prendre soin d’elles mieux que ne le fait leur mère.

L’histoire peut sembler avoir des airs de déjà vu mais, c’est dans la réalisation que le tout prend véritablement forme. Pour ceux qui connaissent les frères Dardenne, il y a de ça dans Fish Tank, mais dans un décor bien british. Le rythme est parfois un peu lent, mais ce n’est néanmoins jamais ennuyant car les images parlent d’elles-même. Quant à Katie Jarvis, l’interprète de Mia, elle est tout simplement géniale malgré le fait qu’elle n’avait aucune expérience en tant qu’actrice.

Tout ça pour dire que je conseille fortement ce film et que, bien qu’il puisse y avoir certaines ressemblances avec le Precious dont Oprah nous a tant parlé, la réalisation d’Andrea Arnold est nettement supérieure. Qui plus est, on y a droit à une bonne dose de hip hop old school.