Le 2 juin dernier, quelques minutes avant le Téléjournal de 18 heures, je devenais papa. En effet, après 35 heures de travail, ma copine accouchait d’un petit garçon de 4.4 kilos.
Et non, un accouchement, ce n’est pas – comme on peut le voir dans les films – un événement qui se passe nécessairement en 2 ou 3 heures. On n’arrive pas toujours à l’urgence en poussant sa conjointe dans une chaise roulante pour serrer dans ses bras le nouveau-né 2 heures plus tard. Oh que non! Dans notre cas, nous sommes arrivés à l’hôpital Saint-Luc un mardi matin pour une induction car le bébé ne semblait pas vouloir se pointer le bout du nez malgré le fait que la date prévue de sa naissance était il y avait deux semaines, et ce n’est que le lendemain soir que nous le tenions enfin dans nos bras. Je me dois d’ailleurs de souligner au passage la compétence des infirmières qui nous ont accompagnées durant cette expérience. Sans leur aide, je ne sais pas ce que nous aurions fait ma copine et moi… Un remerciement très spécial à une dénommée Maria.
Fin de la parenthèse.
L’accouchement a été pour moi une expérience unique. C’est comme si je regardais un film dans lequel je jouais un des rôles principaux. Voir sa conjointe souffrir de la sorte pendant autant d’heures est carrément insoutenable, si bien que j’ai dû laisser un je-ne-sais-quoi de côté pour l’accompagner jusqu’au bout du voyage; un peu comme si je m’étais mis sur le cruise control quelques heures.
Et durant ce voyage, l’amour que j’éprouvais pour ma copine a littéralement décuplé. Je la regardais et tentais de l’encourager du mieux que je le pouvais alors que, elle, de son côté, elle poussait encore, et encore, et encore; toujours plus fort. Jamais je n’aurais cru qu’un humain puisse être aussi fort et avoir autant de volonté. Elle continuait toujours de pousser comme s’il lui restait encore assez d’énergie pour courir le marathon de Boston.
Après près de 3 heures de poussées, il s’est enfin pointé et ma copine a pu reprendre un peu son souffle. Et moi, je me suis écroulé en larmes. Je pleurais plus fort que ce petit chérubin tant attendu. Ce je-ne-sais-quoi que j’avais laissé de côté ces dernières heures pour accompagner mon amoureuse était de nouveau entrer en moi et je ne pouvais plus soutenir ce que j’avais vu. Lorsque l’on m’a tendu les ciseaux pour couper le cordon ombilical, il y avait tellement d’eau dans mes yeux que j’ai eu peur un instant de priver mon fils de ce qui allait éventuellement lui permettre de vivre ce que j’étais en train de vivre. Mais j’y suis finalement parvenu.
Ce que je retiens de cette expérience c’est qu’il est décidément inhumain de mettre un enfant au monde et qu’il faut être plus fort que Samson pour y parvenir.
Qui dit nouveau bébé dit fatigue. Et comme le sommeil n’est pas un élément que nous pouvons stocker pour usage éventuel, ces jours-ci, je profite de tout mon temps libre pour dormir un brin.
En effet, ma copine a mis au monde le plus beau bébé du monde.
Je serai conséquemment quelque peu absent de la blogosphère pour les quelques jours / semaines à venir mais je cogite déjà sur le sujet de mon prochain billet. Je ne sais pas si vous avez déjà assisté à un accouchement mais je vous assure que c’est une expérience unique qui se veut traumatisante et belle à la fois.
Le rapper Guru est décédé hier. Cancer. Criss de cancer. J’ignorais même qu’il en était atteint. Pourtant, il en souffrait depuis un an.
Pour ceux qui l’ignorent, Guru était le MC de Gang Starr, un groupe de rap fondé dans les années 80. Bien avant Kanye West et autres TI. Même avant Wu Tang Clan, Snoop Doggy Dog ou Dr. Dre.
Gang Starr c’est ce qu’on pourrait appeler du bon vieux rap. Comme Public Enemy et Run DMC.
Plus tard, Guru a démarré un nouveau projet qui s’est étalé sur 4 albums. Jazzmattaz. Un bel amalgame de bon vieux rap comme il savait en faire et de jazz. Il y a fait des pièces avec MC Solaar, The Roots, Erykhah Badu, Brandford Marsalis et plusieurs autres.
La mort de Guru me frappe particulièrement. Je l’écoutais alors que je n’avais que 10 ou 11 ans et la pièce Le Bien, Le Mal qu’il interprète avec MC Solaar sur Jazzmattaz Volume 1 m’a véritablement jeter par terre alors que je n’avais que 13 ans. J’ai grandi en écoutant sa musique pour ensuite découvrir d’autres choses, l’oublier, le redécouvrir, l’oublier de nouveau, et ainsi de suite jusqu’à il y a un mois où je l’ai redécouvert alors que les médias annonçaient son hospitalisation. Et aujourd’hui, on annonce sa mort…
Le choc que j’ai reçu lorsque j’ai lu que Guru était décédé est similaire à celui que j’ai reçu lorsque j’ai pris connaissance de la mort de Lhasa en janvier dernier. Ce sont des artistes jeunes avec lesquels j’ai grandi et qui me rappellent des tas de trucs… J’ai l’impression que ces souvenirs meurent en quelque sorte avec eux.
Et là je me dis que personne n’est à l’abri de la mort…
Comme le dit Alain Rocheleau dans son article publié dans le Voir de cette semaine, la Nuit blanche, c’est aussi une façon de redécouvrir la ville. C’est donc ce que j’ai fait dans la nuit de samedi à dimanche; j’ai redécouvert ma ville.
La Nuit Blanche, quel concept intéressant et réussi! Des centaines d’organismes qui, en même temps, ouvrent leurs portes aux passants jusqu’à très tard dans la nuit. C’est ainsi que, cette année, entre 21h00 et 1h00, j’ai mangé de la tire sur la Place des Festivals, j’ai visité le Musée d’art Contemporain, j’ai visité les galeries d’art du Belgo, je me suis reposé dans l’église St-James en écoutant un organiste et je me suis entassé dans une foule afin de regarder de prêt les photographies Backstage de Valérie Jodoin-Keaton.
Voici un résumé de ce qui s’est dit dans ma tête alors que je redécouvrais ma ville:
La place des Festivals est particulièrement réussie. Dommage que le logo de l’Oréal sur la grosse boule gâche tout;
Intéressante idée du Musée d’art contemporain que de plonger les visiteurs dans le noir afin de leur présenter certaines oeuvres de Marcel Dzama;
Bordel, verrons-nous un jour un Quartier des Spectacles sans construction! Des trous à gauche, des cônes de circulation à droite, une suspecte planche de plywood mouillée jouant le rôle d’un pont au dessus de je-ne-sais-quoi, des buildings démolis dont on expose les restes au grand jour sans pudeur aucune… Le verrons nous un jour ce foutu Quartier des Spectacles dont on entend parler depuis des lustres et dont on ne voit que des bribes jusqu’à maintenant. J’ai parfois l’impression que ce sera un autre de ces jobs pas terminés;
J’avoue que la Maison du jazz est une réussite. Dommage qu’elle soit entourée de débris;
L’édifice situé en face du Cinéma Impérial devrait peut-être être réaménagé avant qu’il ne s’écrase sur les milliers de rats qui s’y trouvent sans doute maintenant;
Le Belgo. Qu’il est étrange ce beige building en face de Musique Plus. De longs corridors étroits, un plancher craquant qui menace de s’effondre sous nos pieds, des murs affreusement neutres et de l’humidité à revendre… C’est à se demander pourquoi on retrouve autant d’artistes dans un immeuble si peu esthétique! J’ose croire que, au début, les artistes s’y établissaient pour le prix abordable des ateliers et que, peu à peu, le fait d’être en mesure d’y avoir un lieu bien à soi est devenu un indicateur de réussite. Peut-être que ça n’a rien à voir mais je ne vois sincèrement pas pour quelles autres raisons les artistes ont choisi le Belgo plutôt qu’un autre édifice. C’est comme si les le CIO décidait de faire des Jeux Olympiques à Montréal-Est ou Verdun. Étrange phénomène mythique qu’est le Belgo. Je l’adore ce beige building;
Quelle sage décision que de détruire les commerces qui cachaient jadis l’église St-James. Il ne reste plus qu’à donner un coup de pinceau à l’intérieur pour cacher ce vert hôpital;
Chouettes les photos de Valérie Jodoin-Keaton mais il y a beaucoup trop de gens. Je fais le tour et je quitte. Et ça n’a rien à voir avec la présence de quelques jeunes professionnels qui me donnent l’impression de vivre dans des romans dans lesquels on ne dit jamais Je t’aime;
Je suis fatigué, je m’en vais me coucher. J’ai hâte à l’année prochaine.